Interview de Deryne Sim - Pink Dot Singapour

Interview de Deryne Sim de l'organisation Pink Dot Singapour


Portrait de Deryne Sim pour le projet Odyssey for Equality de L'Autre Cercle

 

Tout d'abord, nous tenons à te remercier de ta participation à la série d’articles interviews de la newsletter du projet international Odyssey for Equality. C'est un honneur pour nous d’échanger avec toi dans le cadre de cet article. Pour commencer, afin de te connaître davantage, pourrais-tu nous informer de ton parcours académique et professionnel ?

Je suis une avocate de formation. J'ai environ 12 ans d'expérience dans le domaine juridique, dont 4 ans en résolution de litiges et 8 ans en tant que juriste interne au sein du réseau d’entreprises de média américain.

J'ai obtenu mon diplôme de licence en droit à l'université nationale de Singapour en 2008. En 2009, j'ai obtenu la bourse Chevening offerte par le gouvernement britannique. Je me suis par la suite inscrite à l’université d'Edimbourg, pour un Master en droit des technologies numériques et de l’innovation.

Récemment, m’a été attribuée la bourse Fulbright subventionnée par le gouvernement américain, ce qui va me permettre de suivre un Master en droit de l’identité de genre et de la sexualité, à l’université de Californie, Los Angeles en Août 2021. 

Avant d’intégrer une entreprise, prends-tu en considération ses engagements en matière d’inclusion LGBTQAI+ ?

Oui, absolument. De nombreuses entreprises à Singapour, plus particulièrement les cabinets d’avocat locaux, n’entreprennent pas d’activités d’inclusion LGBTQIA+. Tant que l’entreprise, ses haut dirigeant·e·s, et le/la responsable recrutement ne sont pas homophobes ou transphobes, je suis prête à travailler pour l’entreprise; car je le vois comme une opportunité de conduire le changement de l’intérieur. Si une de ces parties prenantes n’est pas inclusive à la communauté LGBTQIA+, je ne postulerai pas pour un poste au sein de l’entreprise. 

Tu es une membre de l’association « Pink Dot SG ». Pourrais-tu nous en dire davantage sur ce groupe et ses actions ?

Pink Dot SG est une organisation non gouvernementale qui soutient la liberté d’aimer. Depuis 2009 (à l'exception de 2020), nous organisons un rassemblement annuel extérieur à Speakers' Corner à Hong Lim Park  au soutien aux droits LGBTQIA+. Pendant ce jour, nous assistons à des performances, des discours, des expositions. 

L’idée est simple : si tu soutiens les droits LGBTQIA+, tu mettras du rose et tu te joindras au Speaker’s Corner. À l’issue de l’événement, on demande à tout le monde de se rassembler  et nous prenons une photographie de groupe aérienne. La forme grandissante de la pastille humaine (the dot) est un symbole de l’acceptation grandissante de la communauté LGBTQIA+ à Singapour. 

En plus du rassemblement annuel, Pink Dot SG organise des événements d’inclusion dans le milieu du travail, collabore avec les décideurs politiques, et se mobilise pour les actions de soutien à la communauté sur le plan international, à l’instar de l’Examen périodique universel de droits de l’homme des Nations Unies (the Universal Periodic Review process).

Les associations LGBTIQA+ ne peuvent plus être subventionnées par des multinationales depuis 2016 à Singapour. De ce fait, Pink Dot SG a dû faire appel à des fonds issus de PME singapouriennes pour le financement. Pourrais-tu nous en dire plus sur les difficultés que vous avez rencontrées à entrer en relation avec les PME ? et comment avez-vous surmonté ces difficultés ? Comment avez-vous réussi à attirer les PME ?

Le principal challenge que nous avons rencontré était que les PME avaient peur d’être associées à Pink Dot SG. Les PME ont des budgets si minimes comparés aux firmes multinationales. Les PMEs étaient également moins conscientes des questionsLGBTQIA+ à Singapour. 

Nous avons surmonté cette difficulté en rassurant les entreprises sur le fait qu’il est totalement légal pour eux de sponsoriser Pink Dot SG, en mettant en exergue les communiqués à ce sujet prononcés par le ministre du droit. Nous avons également réduit les niveaux de sponsoring à des montants adéquats aux PME, et nous avons nommé les entreprises locales championnes, pour faire connaître Pink Dot SG. Nos efforts portent leurs fruits car nous pouvons désormais compter sur le soutien de 120 PME tous les ans. 

Tu vis actuellement à Singapour. Comme décrirais-tu les conditions de travail pour les personnes transgenres et non-binaires, dans le milieu professionnel à Singapour. Et quels sont les plus grands obstacles / barrières rencontrés par les personnes transgenres et non-binaires ?

Les plus grandes barrières que rencontrent les personnes transgenres et non-binaires dans l’emploi sont le manque de compréhension des problématiques LGBTIA+ par les employeurs et le manque de protection légale. 

En raison de réglementations médiatiques qui interdisent les représentations positives à l’égard des personnes et problématiques LGBTQIA+ dans les médias populaires, il y a beaucoup d’idées reçues des Singapouriens  à l’égard de la communauté LGBTQIA+.

En conséquence de ce manque de compréhension et à cause de l’absence de protection sur les sujets de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre dans la Constitution Singapourienne et le droit du travail, les transgenres et non-binaires sont constamment discriminé·e·s dans le milieu professionnel.

En 2019, une étude par l’Université de Curtin et le réseau transgenre d’Asie-Pacifique  a découvert que les candidat·e·s cisgenres avaient 81,5% réponses positives de plus que les candidat·e·s transgenres pour les même fonctions.

Pink Dot SG et autres organisations non gouvernementales ont réclamé la protection des périmètres d’inclusion de l’orientation sexuelle et identité de genre par la loi, à plusieurs reprises, mais la loi demeure inchangée. 

Ton équipe relative au projet ‘Odyssey for Equality’ adresse la question suivante :  Comment améliorer le milieu du travail des personnes transgenres et non-conformistes de genre, pour les 10 années à venir. Pourrais-tu nous dire comment as-tu entendu parler de ce projet ? Les ateliers ont commencé il y a près de deux mois. Quels sont tes retours à ce jour au sujet de cette expérience ?

J’ai pris connaissance du projet à travers Fabrice Houdart, directeur général des initiatives d’égalité globale au sein d’OutLeadership. C’est une expérience très intéressante et gratifiante de faire partie de ce projet et je suis profondément reconnaissante de pouvoir prendre part aux ateliers d’échanges avec des militant·e·s issu·e·s d’organisations non gouvernementales et entreprises, qui ont tellement plus d'expérience au regard des problématiques trans. 

À ton avis, pour quelles raisons une entreprise devrait recruter et retenir les talents LGBTIQA+ ?

Pour la simple raison que c’est légitime ! L’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne n’a absolument aucun impact sur sa capacité à mener à bien son travail. De ce fait, les employeurs ne devraient pas discriminer à leur encontre.

De plus, les employé·e·s LGBTQIA+ apportent leurs propres et uniques visions du monde et expériences sur le lieu professionnel et aident les entreprises à s’assurer que leurs produits et services sont inclusifs à l'égard des consommateurs  LGBTQIA+.

Et si tu avais une baguette magique, dis nous une chose que tu voudrais changer d’ici 2031 pour une meilleure inclusion des personnes LGBTQIA+ dans le milieu professionnel ?

J’espère que cette baguette magique a beaucoup de pouvoir parce que mon souhait est que d'ici 2031, tout employé·e soit dans l’obligation de s’engager comme bénévole pour une période minimum de 2 ans auprès d’organisation non gouvernementales LGBTQIA+, afin d’être admissible à une promotion managériale. Cela les aidera à comprendre les problématiques rencontrées par les employé·e·s LGBTQIA+, et à déconstruire les idées reçues au sujet qu’ils/elles auraient pu avoir au sujet de la communauté.

 


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