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Chat sur Yagg.pro avec Philippe Orillac, président de la Fédération et Catherine Tripon, porte-parole de la Fédération

 

 

Le 26 janvier dernier, Catherine Tripon et Philippe Orillac, respectivement porte-parole et président de la fédération de l'Autre Cercle sont venus chatter avec les internautes de Yagg Pro. Voici la retranscription des échanges.

 

Mas : Faites-vous des interventions en milieu professionnel comme certaines associations font des interventions en milieu scolaire ?

Philippe Orillac: Oui. L'Autre Cercle a même un agrément de formation qui permet aux entreprises de nous payer sur le budget consacré à la formation. Nous sommes intervenus à la Marie de Toulouse, celle de Lyon, celle de Paris mais aussi à IBM ou Casino. L'Autre Cercle intervient auprès de nos adhérents puisque nous avons conçu un module auprès de nos adhérents.

Catherine Tripon: Nous intervenons aussi de manière confidentielle devant des Comités exécutifs et des CA. Ce qui est nouveau et positif.

Luc : Pourquoi les problématiques liées à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre sont-elles les parents pauvres, les oubliées des politiques diversité des entreprises?

Catherine Tripon: Ce n'est pas visible. Ce qui n'existe pas, on n'en parle pas, on ne fait pas de prévention. Tout l'enjeu est de rendre visible ce critère.

Philippe Orillac: Et c'est plus difficilement mesurable. Cela touche à l'intime et c'est jugé relevant de la vie privée, donc plus délicat.

Sophie : Ma compagne et moi souhaitons recourir à la coparentalité pour avoir un enfant. Elle serait la mère biologique de l'enfant. Mais aurai-je le droit à un congé maternité moi aussi ?

Catherine Tripon: Accorder le congé maternité à un collaborateur homo est désormais possible dans le privé mais c'est une démarche très volontaire de l'employeur. Il devra payer la part de la sécurité sociale, puisque l'État ne nous reconnait pas. Nous avons quelques entreprises aujourd'hui qui ont inscrit le congé dans leurs accords. Cela restera marginal, il faut donc changer la loi. L'entreprise pionnière a été Eau de Paris, dirigée à l'époque par Pascal Bernard. L'Autre Cercle lui avait remis en 2010 le premier Prix de la Diversité.

val: d'après vous, si Hollande gagne les élections, la loi sur le mariage homosexuel sera-t-il rapidement voté?

Catherine Tripon: Il s'est engagé à le faire vite.

Philippe Orillac: Si le mariage est voté, l'état civil change et après le vote du mariage, notre travail va être encore plus important pour lutter contre l'homophobie dans le monde du travail. Car les marié-e-s devront se dévoiler.

Thomas : Quand on fait l'objet de moqueries de la part de ses collègues et/ou de sa hiérarchie, faut-il démissionner ?

Catherine Tripon: Dans le premier cas, il faut voir son directeur ou la RH pour alerter. Et s'il n'y a pas d'effets, voir les représentants du personnel. S'il n'y a pas de représentants du personnel, vous pouvez contacter un syndicat ou une association LGBT. En parallèle, il faut essayer d'obtenir un témoignage. Faire un courrier ou mail à son supérieur, pour avoir une trace.

Philippe Orillac: Et gardez toutes preuves éventuelles.

Emilie : En tant que DRH, prendre en compte l'orientation sexuelle (présumée) d'un candidat ou d'un salarié, n'est-ce pas faire une forme de discrimination (positive ou pas) ?

Catherine Tripon: On n'a pas à poser de questions sur la vie privée lors d'un recrutement. C'est officiellement interdit.

Philippe Orillac: Même l'âge n'est pas permis. Dans la pratique, on se bat pour que ce critère, comme tous les autres, ne soit pas pris en compte.

val: Pour revenir sur le commentaire de Sophie et concernant la prise en charge par l'employeur du congé de maternité, pensez vous qu'un des parti politique se présentant aux présidentielles est prêt à revoir sa copie sur ce sujet?

Catherine Tripon: Si le mariage est voté, le congé de paternité (qu'il faudra renommer) sera accordé de fait.

MD: Le candidat François Hollande annonce dans aujourd'hui : "J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels. engagement n°31". Ma question comment votre association peut contribuer à mettre cet engagement en place et surtout au respect des promesses des candidats?

Catherine Tripon: Ce n'est pas le rôle des associations de mettre en place la politique d'un candidat. On s'occupe des effets et des conséquences.

Philippe Orillac: On peut être là pour leur rappeler une promesse éventuelle non tenue. Nous rencontrons les partis politiques depuis des années. C'est en leur expliquant des choses qu'ils n'appréhendent pas souvent bien que nous faisons avancer leurs idées. Chaque fois que j'ai rencontré des politiques, à de rares exceptions, nous leur avons appris des choses, surtout en région.

Marc: Je suis enseignant et je ne peux pas me permettre de faire mon coming-out chaque année à mes élèves et à leurs parents. Certains de mes collègues le savent, mais est-ce que je suis du coup "hors" des "bonnes pratiques" ?

Catherine Tripon: Ce n'est pas vous qui n'êtes pas dans les bonnes pratiques mais votre ministère de tutelle. Tant que l'Éduc Nat n'aura pas un discours clair et respectueux pour ses fonctionnaires, tant qu'elle ne mettra pas en place une démarche de sensibilisation à la diversité, de prévention des discriminations dès la petite enfance, les LGBT devront encore se cacher.

Philippe Orillac: Notre dernier sondage sur la vie des LGBT au travail en 2010 a démontré que ce sont les enseignants qui se dévoilent le moins par rapport aux autres fonctionnaires.Vous trouverez les détails sur le site de L'Autre Cercle: www.autrecercle.org

Alice: Existe-t-il, en France, un classement des entreprises LGBTfriendly, comme c'est le cas aux USA ou au Royaume-Uni par exemple? Si oui, quels sont les critères?

Catherine Tripon: En France, on n'est pas dans une logique de classer les entreprises: liste noire ou liste blanche. Le Quick Scan que l'on a fait avec Randstad a permis aux répondants de se mesurer par rapport à la moyenne de tous. On a rendu public les résultats globaux. Charge à eux de travailler en interne en fonction de leurs résultats

Nous sommes sur un projet de classement.

Philippe Orillac: Nous pouvons considérer que les entreprises qui nous soutiennent officiellement sont dans une démarche très volontaire. Citons: IBM, Randstad, Sodexo, Michael Page,Casino et EDF, Monoprix et Orange.

Laura: Comment faire pour créer un groupement de lesbiennes et de gays au sein d'une entreprise comme Homosfère par exemple ?

Catherine Tripon: Il faut d'abord trouver plusieurs collègues prêts à se rendre visibles auprès de la direction. Il faut identifier le manager qui serait le contact: DRH, DG, RSE, responsable Diversité et puis contacter Homoboulot pour tous les aspects techniques et d'organisation. Si vous sentez que le sujet a besoin d'être abordé sur un plan de sensibilisation et de bonnes pratiques, contactez L'Autre Cercle de votre région.

Philippe Orillac: Le formulaire est sur le site.

Anonyme: Selon vous est il plus facile d'être homo quand on est cadre ou quand on est qu'un simple employé ?

Catherine Tripon: Non. Dans certains cas, le statut peut aider à contre attaquer en cas de harcèlement. Mais notre troisième Baromètre a montré que plus vous avez de diplômés et une position élevée, moins vous êtes tenté de vous dévoiler. C'est l'environnement de son service ou filiale qui va rendre la vie plus ou moins facile.

Philippe Orillac: Des préjugés existent encore sur le soi disant manque d'autorité des gays, qui jouent en notre défaveur. Encore plus compliqué quand on est femme et lesbienne. L'ouvrier ou l'employé a plutôt la crainte de ses collègues, le cadre a plus peur de sa hiérarchie face à des enjeux de carrière. La problématique est différente, mais elle est réelle dans les deux cas.

Sandy: Mon ami et moi sommes ensemble depuis bientôt 3 ans et nous pratiquons le "comming out sélectif" au travail comme dans le cercle privé : est-ce une pratique courante en France ? en croissance ? en décroissance ?

Catherine Tripon: Sage solution. On ne dira jamais qu'il faut ou ne faut pas se dévoiler, c'est affaire de circonstances, d'environnement, d'affirmation de soi.

Philippe Orillac: Notre dernier sondage montre que plus de la moitié des LGBT n'est pas visible au travail dont les 2/3 par crainte de représailles.

val: ne croyez vous pas qu'il faudrait intégrer aux normes ISO le "LGBT Friendly" Est-ce une utopie?

Catherine Tripon: La norme ISO 26000 ne précise pas explicitement les LGBT. En revanche, le critère est intégré dans l'audit de certification AFNOR pour le label Diversité.

Philippe Orillac: Les normes ISO sont internationales et être adaptées à tous les pays y compris les plus rétrogrades, comme les pays où l'homosexualité est condamnée. Nous retenons l'idée et nous essaierons d'avancer dessus.

Anonyme: Hello Catherine Tripon, hello Philippe Orillac, la solution est le "pas de sexe" ; j'ai discuté avec une personne intersexuée et je pense que c'est LA solution ; enlever le mode binaire, plus de classification en homme ou femme, et adieu l'homophobie, le sexisme. Une personne aime une personne et on enlève toute notion de sexe.

Philippe Orillac: Le sujet n'est pas sans intérêt mais de façon pragmatique nous n'en sommes pas là.

Catherine Tripon: Je suis pour la suppression du genre sur les passeports.

Anonyme: Quelles sont vos actions pour faire bouger les mentalités dans les milieux professionnels ?

Catherine Tripon: Pédagogie, sensibilisation, outils pratiques référentiels, BD, DVD, ouvrages, formation, sondages, enquêtes. Tout ce qui permet aux responsables RH ou dirigeants d'appréhender notre critère de manière neutre, comme les autres critères.

Philippe Orillac: Ces actions sont déclinées en région, nous faisons en sorte d"intervenir sur le sujet au maximum dans des conférences, des petits déjeuners, en intégrant petit à petit des réseaux professionnels des syndicats, des clubs d'entreprises, des associations de DRH. Nous intervenons auprès des politiques, qui dirigent des structures qui emploient de nombreux salariés.

Anonyme: Est-ce que certaines sous-catégories de la sphère LGBT (je pense en particulier aux trans) sont plus touchées par les discriminations au travail et si oui, dans quelle mesure ?

Catherine Tripon: Objectivement les trans sont plus touché-e-s en pourcentage mais qu'ils et elles soient moins nombreux-ses. Certaines entreprises commencent à comprendre le sujet de l'homosexualité, mais ont encore beaucoup de mal avec les trans. Le baromètre CSA pour le Défenseur des droits et l'OIT (lire sur Yagg) a fait un focus très intéressant sur le sujet.

Philippe Orillac: L'Autre Cercle n'a jamais écarté le sujet trans dont on a parlé dès 2003 dans notre Livre blanc. Et nous avons des adhérent-e-s trans très impliqué-e-s dans l'association.

Numa Numantius: L’Autre Cercle envisage-t-il de réaliser un jour une enquête sur les discriminations, permettant d’avoir des résultats divisés par région administrative et par branche d’activité ?

Philippe Orillac: Nous aurions bien aimé le faire lors de notre dernier sondage, mais l'échantillon n'a pas été assez statisquement significatif pour faire ce découpage régional. Pour le prochain aidez-nous à mobiliser!

Yagg: Le chat est maintenant terminé.

Catherine Tripon: Il y a encore du boulot pour de nombreuses années et il faut qu'on touche les PME.

Philippe Orillac: N'hésitez pas à nous rejoindre pour cela. A Paris ou en régions. L'Autre Cercle a besoin de vous dans toute la France.

 

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