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Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, les cérémonies du souvenir de la déportation ont accueilli cette année, sans heurts et sans invectives, des associations d'homosexuels.
A Lille, Nancy, Metz, Orléans, elles ont ainsi reçu une invitation officielle émanant de la préfecture et ont pu participer au dépôt de gerbe qui a lieu tous les ans, le dernier dimanche d'avril. "Cette situation est le résultat d'un long combat, raconte le délégué du Mémorial de la déportation homosexuelle, Hussein Bourgi. En France, la déportation des homosexuels pendant la seconde guerre mondiale a longtemps été niée."
Ce n'est qu'en 1982 que l'un d'eux, Pierre Seel, a pris publiquement la parole, après avoir entendu une déclaration homophobe de l'évêque de Strasbourg. S'appuyant sur son témoignage (Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Calmann-Lévy, 1994), racontant sa déportation au camp de Shirmeck (Bas-Rhin), les associations gays ont tenté, dans les années 1990, de se joindre à la journée du souvenir de la déportation, instituée au lendemain de la victoire par De Gaulle.
Des bouquets frappés d'un triangle rose (la marque imposée dans les camps) ont ainsi été déposés devant le Mémorial de la déportation de l'île de la Cité et ailleurs, mais les heurts avec les associations de déportés et les élus ont été fréquents.
"UN FAIT RÉEL"
La plupart des associations de déportés se sont montrées très hostiles à la reconnaissance de la déportation des homosexuels pendant la seconde guerre mondiale, affirmant qu'aucune déportation n'avait jamais eu lieu, en France, pour ce motif. "Cette affirmation s'appuyait sur deux constatations : la première étant que toutes les personnes déportées au titre des mesures de répression portaient un triangle rouge, la seconde que seul Pierre Seel avait revendiqué son homosexualité comme motif de son arrestation", notait un rapport de la Fondation pour la mémoire de la déportation réalisé en 2001, sous la direction de Claude Mercier.
En 1997, le gouvernement confia à cette fondation une étude sur la "matérialisation de la déportation homosexuelle". "Nous pouvons affirmer que la déportation pour le motif d'homosexualité est un fait réel, concluait la Fondation au terme de quatre ans de recherches. Parmi les personnes concernées, certaines ont bien été envoyées dans d'autres camps et y sont mortes."
En l'état des archives, la Fondation a relevé 210 noms de personnes ayant été arrêtées, puis déportées par les nazis pour homosexualité. Parmi eux, 206 résidaient dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle - les quatre autres étant des volontaires du Service du travail obligatoire (STO) arrêtés en Allemagne. "Ce chiffre nous paraît devoir être pris comme un chiffre minimum significatif d'une réalité", précisait la Fondation, qui ajoutait que ces déportations avaient concerné "un nombre relativement peu élevé de personnes" : en France, 161 000 personnes ont été déportées. Parmi elles, 75 000 étaient juives - seuls 3 % ont survécu - et 86 000 ont été arrêtées pour "faits de répression".
En 2005, lors de la journée du souvenir de la déportation, Jacques Chirac a explicitement évoqué la persécution des homosexuels. Aujourd'hui, le triangle rose figure sur l'oriflamme des symboles de la déportation du Mémorial de l'île de la Cité. "Nous veillons à ce que les associations d'homosexuels puissent être présentes lors des cérémonies, souligne Gilles de Lacaussade, le directeur de cabinet du ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette année, à Paris et dans les villes où elles l'ont demandé, nous n'avons eu aucun écho de difficultés."
Anne Chemin
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